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jeudi 28 juillet 2016



L’argument boomerang  

(english translation below)


L’image ci-dessus est très utilisée en ce moment sur Twitter.

Pour les non anglophones je traduis :
« C’est par moi-même que je suis devenu très riche »
Bloomberg évalue la richesse nette de Trump à 2,9 Mds$ … Si Trump s’était contenté de mettre l’argent de son père dans des fonds de pension investissant dans les Standard & Poors 500 et passé son temps à peindre avec le doigt, il aurait 8 Mds$

Pris au premier degré et utilisé dans ce but sur Twitter par des anti_Trump, c’est « Quel gros nul! » .

Le problème survient quand on lit attentivement la citation et qu’on réfléchit un peu. En effet, ce texte dit « si vous choisissez la rente vous gagnerez plus que si vous êtes entrepreneur et que vous donnez du travail au gens » . Donc on a ici le résumé de ce qu’est le système néolibéral actuel où l’entrepreneur a disparu au profit du financier et de l’actionnaire rentier. Si le capital est indispensable à l’économie, il ne doit en être qu’un élément moteur ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Je serais Trump, je retournerais donc l’argument en disant « Vous voyez, la finance se moque de moi car j’ai créé des emplois. Ce faisant, j’ai créé de la richesse pour la communauté et non pas capté celle-ci à mon seul profit. »

Voilà comme on produit un effet boomerang où l’on renforce son adversaire au lieu de l’affaiblir.

Je précise pour ceux qui ne lisent pas habituellement mon blog que Trump n’est évidemment pas ma tasse de thé et que je suis plus proche de Bernie Sanders.








The boomerang argument


The image above is used a lot nowadays on Twitter.

Taken litterally and used for this purpose on Twitter by anti-Trump people, it means « Trump is such a loser ".

The problem arises when you read carefully the citation and think about it. As a matter of fact , it says "if you choose financial revenues, you will gain more than if you are an entrepreneur and give work to the people." So we have here a summary of what the current neoliberal system is. A system where the entrepreneur has disappeared in favor of the financial and share holder. If the capital is essential to the economy, it should be a driving force which is no longer the case.

I'd Trump, so I would turn back the argument against my adversaries by saying, "See, finance makes fun of me because I have created jobs. In doing so, I have created wealth for the community and not picked it to my own benefit. "

That is how we produced a boomerang effect where one strengthens his opponent instead of weakening it.

Just for those who do not usually read my blog : Trump is obviously not my cup of tea and I am closer to Bernie Sanders.

dimanche 29 mai 2016


 

Le temps des sophistes est revenu


Il y a plusieurs façons de vivre les évènements qui nous entourent. La première est de simplement subir en regardant les informations à la télé et passant rapidement à #theVoice ou #CDOJ. C’est confortable et cela ne demande pas beaucoup d’énergie. La seconde est de participer aux évènements en en étant un acteur comme participant à #nuitdebout ou en manifestant contre la loi El Khomery. Ce n’est souvent pas confortable et cela demande beaucoup d’énergie surtout physique.

Il y a une troisième voie qui est celle de la réflexion pour essayer de comprendre ce qui se passe, avoir une vue d’ensemble et prévoir, trouver la meilleure solution à une problématique et chercher à la faire partager. Paradoxalement, c’est la voie qui va demander le plus d’effort intellectuel car c’est la plus compliquée. Comme l'a écrit Oswald Wirth "Ne pas penser, c'est consentir à être dominé, conduit, dirigé et traité trop souvent en bête de somme".
Or, suivant le principe de moindre action, l’humain préfère le confort du conformisme intellectuel que de s’interroger sur le monde qui l’entoure. Comme le dit Charles Peguy « Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. « 
J’ai du déjà écrire qu’un de mes films préférés de Woody Allen est « Whatever works ». Le personnage principal est le seul à savoir qu’il est dans un film et qu’il y a des spectateurs qui le regardent. Il est aussi le seul à avoir la « big picture » c’est-à-dire une vision globale de ce qu’est l’humanité et la société.

Dans ce registre, pour moi, aujourd’hui, nous sommes revenus au temps des sophistes.
« Le sophisme ne constitue pas une école de pensée, mais un modèle de raisonnement basé essentiellement sur l'éloquence afin de séduire la masse et ce dans le but d'œuvrer pour le bien d'une minorité ou de faire passer un message qui ne correspond pas à la réalité (intentionnellement ou non) «
A la lecture de cette définition, on peut voir que l’on y est. On parle plus facilement des « éléments de langage » que du fond des actions des politiques. Le discours n’existe plus que pour se positionner sur un sujet et, à l’instar de la novlangue, l’action est souvent complètement déconnectée de la réalité. La dernière illustration est la position du gouvernement socialiste en apparence contre le TAFTA et, notamment, les tribunaux d’exceptions où une multinationale pourrait attaquer une décision d’un état, et l’action des représentants français au niveau de l’Europe pour en créer. Il est à noter qu’ils ne sont pas à leur coup d’essai car ils ont fait le coup pour l’instauration d’une taxe sur les transactions financières où, en France, ils dirent être pour et firent tout pour la torpiller à l’Europe.
Suivant les préceptes de Protagoras, leader des sophistes et auteur de la maxime « À chacun sa vérité « , les politiques pensent que le discours fait l’être et que n’importe quel discours peut donner une existence à un être. L’action et la chose n’ont plus raison d’être en dehors du discours puisque « l'homme est la mesure de toutes choses » . D’où la guerre des égos et la multiplications des candidats qui rivalisent de médiocrité. En revanche, ils ont dû lire « L’art d’avoir toujours raison » de Schopenhauer qui explique ce qu’on appelle la dialectique éristique qui est l’art de l’emporter sur l’adversaire en s’intéressant plus au discours qu’à la réalité.
La caricature reste les économistes et notamment le « Nobel » d’économie qui explique que ce qu’il dit ce n’est pas lui mais la science. Ce qu’il oublie c’est que la base de la science c’est son caractère réfutable. Donc, dans la mesure où il explique que ces propos sont irréfutables, il explique en fait que l’économie n’est pas une science mais une pseudo-science à l’instar de l’astrologie. Il est ironique que c’est le très libéral Frédéric Bastiat (1801-1850) qui a inventé le terme de « sophisme économique » .  A relire ne serait-ce que pour retrouver les arguments des économistes « modernes » actuels sur la nécessité de supprimer la Sécurité Sociale.

Les sophistes ne se contentent pas d’avoir de beaux discours mais ils utilisent à foison les sophismes. Voyons en quelques uns :
- argumentum ad hominem : à bout d’arguments, on attaque son adversaire sur sa personne sans rapport avec l’objet « vous, amoureux des dictatures populaires sud-américaines, …. »
- argumentum ad sequentiam : « si vous ne votez pas pour un candidat socialiste cela sera encore pire »
- argumentum ad populum : c’est « la majorité a toujours raison »
- reductio ad hitlerum : « Mélenchon utilise les mêmes arguments que Marine Le Pen »
- ….
On pourrait multiplier les exemples à l’infini.

Tout ce qui précède illustre la remarque entendu souvent « ils sont coupés de la réalité ». C’est normal puisque le discours a remplacé la réalité.

Peut-on combattre les sophistes ? La réponse est oui si on suit les préceptes de Socrate.
On n’a généralement retenu du philosophe que sa mort où il a bu la cigüe. Bien que son procès portait sur un athéisme supposé, il est certain que c’est sa méthode permettant de démasquer les impostures derrière les discours qui est la vrai origine de sa condamnation à mort. Pour l’utiliser souvent, j’ai pu assister à des explosions de colères de contradicteurs mis devant leurs contradictions et littéralement mis à nu. L’humain déteste que l’on devine ses vrais motivations. 
Il est à noter que les sophistes faisaient payer très cher l’enseignement de leur art alors que Socrate enseignait quasiment gratuitement ce qui aggravait son cas. Schopenhauer écrit d’ailleurs que la dialectique éristique n’existe que parce qu’il y a de la malhonnêteté, de la vanité, l’obstination dans l’erreur. Cela ne vous dit rien ?
La base de la méthode est la réfutation en utilisant l’ironie socratique. Cela consiste à poser des questions pour faire émerger l’aporie c’est-à-dire l’impossibilité de donner une réponse dans un sens ou dans un autre. On laisse son interlocuteur exprimer sa thèse de laquelle on va établir des prémisses. On va utiliser ces prémisses pour montrer qu’elles conduisent à une thèse contraire à celle exprimée au premier chef. Donc on montre que le raisonnement apparemment juste comporte en lui-même sa propre contradiction. Dans le cas des politiques ou des « gens importants », c’est insupportable.  D’autant plus que les discours sont, normalement, porteurs de valeurs donc, si le raisonnement est biaisé on peut légitimement se poser la question de savoir si l’orateur est sincère ou pas.

Je suis pour l'introspection individuelle à l'instar de la libre pensée où l'on doit constamment s'interroger sur ses raisonnements afin de vérifier s'ils sont en accord avec ses valeurs. « Platon pour Socrate  « Celui qui sait ce qui est bien fera aussi le bien » : pour lui une vision juste conduit à une action juste. Agissent mal ceux qui sont dans l’erreur. La faculté de discerner entre le bien et le mal se trouve dans la raison de l’homme, et non dans la société comme le pensent les sophistes." 

Le problème est qu’utiliser la méthode socratique demande un peu de temps et beaucoup d’énergie intellectuelle. Il faut accepter de « perdre » du temps sur le temps télé. Mais c’est le seul moyen de ne pas être dupe de ce qui nous entoure et surtout d’un discours au service des intérêts de la classe dominante.

Addendum 1/8/2016
Sur le sujet, on peut citer Jean-Jacques Rousseau qui pensait que l'homme était bon naturellement et que c'est la société qui pervertit l'homme. De même Hannah Arendt affirme que le Mal provient de l'absence de réflexion et donc la bêtise mais que l'homme est bon de base. Autant sur la première assertion, je suis tout à fait d'accord, autant sur l'homme bon dans le fond je suis en opposition. En effet, ne pas réfléchir, c'est ne pas dépenser de l'énergie sachant que le cerveau est le plus gros consommateur d'énergie du corps humain. Donc, suivant le principe de moindre action de Maupertuis, la tendance naturelle de l'homme est donc de penser au minimum donc à être mauvais. Ce n'est pas un hasard s'il ne suffit que de supprimer des règles à suivre pour voir apparaître les pires bassesses que cela soit dans la sphère économique ou sociétale. C'est pourquoi aussi que la plus grande partie de l'humanité a besoin d'idéologie (religieuse, politique, économique, ...) pour ne pas avoir à penser par elle-même.  J'ai déjà dû écrire dans un précédent article, que les "valeurs de gauche" demandait plus de réflexion que les "valeurs de droite" ce qui explique la tendance naturelle des peuples à pencher à droite.   Quand Socrate dit  « Celui qui sait ce qui est bien...". Le "sait" se rapporte non pas à la simple connaissance ("je sais que cel existe", "je connais la loi") mais au savoir c'est-à-dire l'intégration de la connaissance en ressort de la pensée et de l'action. C'est pourquoi cela demande un travail sans relâche demandant beaucoup d'énergie.


Pour aller plus loin

https://fr.wikipedia.org/wiki/Aporie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Protagoras
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophisme
https://fr.wikipedia.org/wiki/Socrate
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Dialectique_%C3%A9ristique
http://www.systerofnight.net/religion/html/platon.html
 

mardi 1 mars 2016




Le travail, c'est la santé



Dans la cacophonie actuelle, la propagande de la classe supérieure et le mélange des signifiants, il est bon d’essayer de se repérer au travers d’écrits dont les auteurs sont manifestement d’une intelligence supérieure. Je vais donc parler aujourd’hui d’une de ces figures qui éclairent la réflexion d’un siècle : Bertrand Russell.

Je connaissais Russell comme le mathématicien et logicien. C’est lui qui a notamment énoncé ce qu’on appelle le Paradoxe de Russel : l ‘ensemble des ensembles n’appartenant pas eux-même appartient-il à lui-même? Cela était très important dans la définition de l’infini en acte par Cantor.
Ce paradoxe est plus connu du grand public sous le nom du Paradoxe du barbier : le barbier ne rase que ceux qui ne se rasent pas eux-mêmes. Qui rase le barbier?

Au-delà de son activité scientifique, Russell était un philosophe de première ordre qui obtiendra le prix Nobel de littérature en 1950. Toutefois, ce qui m’intéresse aujourd’hui est un petit livre peu connu paru en 1932: « L’éloge de l’oisiveté ».

En résumé :
- la « valeur travail » est utilisée par la classe privilégiée qui soupçonne les classes pauvres de tomber dans l’oisiveté et la dépravation si elles ne travaillent pas et qui est une forme d’oppression
- la production industrielle est suffisante pour nourrir l’humanité.

En faisant un zoom plus important, je m’arrêterai sur l’allégorie de la fabrique d’épingles.
La première version vient du dieu des néolibéraux, Adam Smith  qui, dans « Richesse des nations »  fait éloge de la division du travail qui permet de produire plus avec moins de personnes en utilisant l’exemple d’une fabrique d’épingles

La version de Bertrand Russel est différente :
« Prenons un exemple. Supposons qu’à un moment donné, un certain nombre de personnes sont embauchées dans une manufacture d’épingles. Elles font autant d’épingles qu’il en faut dans le monde entier, en travaillant, disons, huit heures par jour. Quelqu’un met au point un moyen de faire deux fois plus d’épingles avec le même nombre d’hommes. Mais les épingles sont déjà si bon marché que l’on pourrait difficilement en baisser le prix. Dans un monde sensé, toute personne impliquée dans la fabrication d’épingles choisirait de travailler quatre heures au lieu de huit, et tout irait comme avant. Mais dans le monde réel, cela serait perçu comme démoralisant pour les travailleurs. Les hommes travaillent donc toujours huit heures, il y a trop d’épingles, des employeurs font faillite, et la moitié des ouvriers perdent leur emploi. Au bout du compte, la quantité totale de loisir dans ce cas est la même que dans l’autre, sauf que la moitié des hommes sont complètement oisifs, tandis que les autres sont encore surchargés de travail. Dans cette perspective, il est certain que ce loisir subi sera partout cause de misère au lieu d’être une source de bonheur universelle. Que peut-on imaginer de plus absurde ? «

Précision.
Lors d'un diner avec un chef d'entreprise de PME, à la question "Bien évidemment les gens sont payés moitié moins cher?" j'ai bêtement répondu "oui". Au contraire, bien évidemment les ouvriers gardent le même salaire PUISQUE le chiffre d'affaire ne change pas et il n'y a aucune raison de changer les prix. Ma réponse automatique montre que le venin de la logique néolibérale est bien ancrée dans notre réflexion. Et le système est logique lorsqu'il garde les 8h00 car l'idée est, si on ajuste le salaire au temps de travail de 4H on va avoir un gain de productivité que l'on fera bénéficier en partie au consommateur par une légère baisse des prix et, se faisant, augmentant la marge donc les profits.

On ne peut s’empêcher de remarquer le parallèle entre ce qui est relaté ici et la situation des agriculteurs français. Face à une surproduction basée sur une concurrence déloyale, la réponse des politiques et néolibéraux : « vous êtes trop petits et vous devez produire plus pour baisser vos coûts  de revient ». Voilà une assertion qui ne peut que faire rire une personne ayant un minimum de réflexion logique mais qui mène les agriculteurs au désespoir. Au passage, les normes, sous couvert de protection des consommateurs ou de la nature, n’existent que pour protéger les gros et éliminer les petits. Exemple : les fromages au lait cru que l’industrie a essayé de faire disparaitre car soit disant dangereux pour la santé alors que les cas de listérioses n’apparaissent que dans l’industrie du pasteurisé. A mon avis, il va y avoir des normes bientôt sur le bio pour empêcher le développement de cette agriculture et à permettre Monsanto à vendre ses pesticides.

Il reste que cette allégorie donne un coup de projecteur sur ce qui se passe actuellement et de la nécessité de repenser les bases de l’organisation de la société ou, comme on dit de nos jours, « changer de logiciel ». Ce qui est intéressant c’est que ce texte date de 1932 et est toujours d’actualité n’en déplaise à notre licencié en histoire de Premier Ministre.

A ce propos, je vais donner un petit cours d’arithmétique du niveau 5ème à icelui pour montrer de façon simple que certaines mesures du projet de loi El Khomri ne créeront aucun emploi, bien au contraire.

Prenons les heures supplémentaires qui passeraient (après accord d’entreprise - mort de rire-) de 25% à 10%.
Imaginons une entreprise dont les salariés sont payés 10€/h.
Une semaine de 35 h coûte 350€
Le coût d’une heure supplémentaire à 25% = 1,25€
Si on divise le coût semaine par le coût heure supplémentaire : 350/12,5= 28 . Cela veut dire qu’à partir de 28h supplémentaires il devient intéressant d’embaucher une personne car on payerait alors le même montant (350) mais pour quelqu’un travaillant 35h.
On fait la même opération avec un surcoût de 10% : 350/11= 32 . On est proche d’un plein temps et donc le surcoût est dans les 3h manquantes qui ne vont pas inciter à embaucher quelqu’un.
C’est un raisonnement simpliste mais que nos intelligences supérieures (du moins qui le croient) n’ont pas été capables de faire.

Pour conclure sur l’allégorie de la fabrique d’épingles; dire que les gens ne travaillent pas assez est un non sens illogique qui ne produit au final que de la misère. Il n’est même pas sûr que ceux qui profèrent cette énormité n’aient jamais lu Russel où même un livre qui ne parle pas de finance.
J’ai l’habitude d’écrire que le monde est aujourd’hui divisé en hors-crise et dans-la-crise. Ce n’est pas nouveau comme analyse :
"La société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétit, et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners."
Sébastien-Roch-Nicolas, dit CHAMFORT (1741-1794)
Comme quoi, tous ceux qui disent qu’ils sont dans la modernité ne font que reproduire les mêmes causes pour les mêmes conséquences.

Samedi émission "Permis de penser" sur France Inter http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1244935
Antoine Lyon-Caen : "Cette loi est comme si, pour donner des cheveux à des chauves, on rase tous ceux qui ont des cheveux"

Bertrand Russel: https://fr.wikipedia.org/wiki/Bertrand_Russell
L’éloge de l’oisiveté: https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89loge_de_l'oisivet%C3%A9
Texte entier : https://parachrematistique.wordpress.com/2013/03/20/eloge-de-loisivete-par-bertrand-russell-24/

Fabrique d’épingle  Adam Smith : http://antisophiste.blogspot.fr/2013/03/adam-smith-et-la-manufacture-depingles.html

samedi 23 janvier 2016







"Je ne suis qu'un inutile"



Quand je suis allé acheter l’ouvrage, je ne me souvenais plus du titre précisément et je demandais « L’homme invisible ». Inconsciemment, mon cerveau avait fait l’amalgame entre l’inutilité et l’invisibilité. J’aurais pu demander « l’homme invincible » ou « L’homme indestructible »; mais non, c’est l’invisible qui m’est venu spontanément à l’esprit. Cela montre que, pour moi et je pense de nombreuses personnes, l’inutilité de l’individu entraîne son invisibilité. Dans certains cas, il pourra même avoir une visibilité mais les gens ne voudront pas les voir et leur conférera une invisibilité virtuelle. Exemple les SDF. Pierre-Noël Giraud d’ailleurs fait rejoindre les 2 concepts à la fin de son introduction : « L’homme inutile est une réalité encore très largement invisible pour l’économie et la politique »

Pour l’auteur la définition de l’homme inutile est celle de l’inutilité aux autres et à soi dans une vision économique. Je résume et caricature un peu (mais pas beaucoup) : l’homme inutile n’est pas un « bon consommateur » c’est-à-dire quelqu’un qui gagne assez d’argent pour alimenter l’économie. Tous les individus qui sont un « coût » pour les autres que cela soit par une aide publique ou privée sont des « inutiles » (Wauquiez sort de ce corps). Les working poor et tous ceux qui ne consomment pas assez sont des « inutiles ». Au passage j’ai découvert que j’en faisais partie.
Dans l’épisode 12 du Prisonnier il y a une scène ou un barbu vient se confesser en répétant « Je suis un inutile ». La version originale utilise « inadequate » donc inadapté. Là encore on peut penser que l’homme inutile n’est pas adapté au système en action. https://www.youtube.com/watch?v=Ged045qQxoY

Il faut noter que l’auteur attend le 5ème chapitre avant de donner sa définition. Le début de l’ouvrage n’est qu’un discours pro domo sur l’importance et l’utilité des économistes. Il fait souvent un parallèle avec la physique et, à mon sens, il devrait la laisser là où elle est. De même pour les mathématiques quand il parle d’évolution qui n’est pas linéaire confondant la linéarité qui est existante puisqu’il manipule des données à caractère continu dans le temps et le fait que la forme de la courbe est chaotique.

Il pose rapidement un cadre analytique et conclu que toutes les théories économiques se basent sur certains éléments dont la rationalité du consommateur. Et c’est là que commence nos désaccords. Toute personne qui a travaillé dans le marketing, la publicité ou la communication sait que les consommateurs achètent un produit puis rationalisent leur achat ensuite. J’avais, dans une première vie professionnelle, résumé cela sous le nom de « paradoxe de l’implication » : plus un achat est impliquant (c’est-à-dire important en terme budgétaire ou choix financier comme l’achat d’une maison), plus les ressorts du choix sont irrationnels.
Si le consommateur est un être purement rationnel il n’existerait pas de phénomène de surendettement.

Des éléments que l’on entend beaucoup de nos jours et qui tendent à devenir des classiques : on ne connaîtra pas de pénurie de pétrole et l’humain est tellement intelligent qu’il sera capable de venir à bout de tout problème. C’est là qu’il devrait faire un petit peu plus de physique plutôt que de s’y référer. Nous sommes dans un monde fini, l’énergie à notre disposition n’est pas extensible et il n’existe pas d’énergie véritablement renouvelable.  Pressurer le citron atteint ses limites quand il ne reste plus que l’écorce. Les propos sont renforcés quand un peu plus loin il y a un chapitre sur l’illusion de la croissance verte.

Enfin, l’auteur décrit le futur du travailleur comme une suite de CDD avec des changements de statuts par passage de l’état salarié en auto entrepreneur puis retour au salariat avec des plages de congé sabbatique choisie. Bien entendu, par ce biais, il entend que tout le monde va devenir membre de l’élite mondialiste qui fait un métier intellectuel qui lui rapporte suffisamment pour vivre cette belle utopie. C’est ce qui d’ailleurs est décrit par Christophe Guilluy dans son livre « La France périphérique » où les élites recommande la mobilité car ils sont eux-mêmes mobiles sans s’apercevoir que pour le vulgum pecus il est très difficile de bouger. J’ai entendu ce type de propos sur France Inter par Benoit Thieulin qui décrivait aussi un futur fait de changement de statut. Le problème est, qu’en dehors de l’oligarchie néolibérale, l’homme « normal » a besoin de stabilité pour ne serait-ce que faire des projets à moyen ou long terme et que ce n’est pas en mettant en place une instabilité (qu’on peut définir aussi comme précarité) permanente que l’on va sortir les gens des trappes d’inutilité. Comme le veut l’adage « On a toujours assez de courage pour supporter la douleur des autres ».

Pour conclusion, on peut se demander si un tel livre est utile, que sa lecture elle-même a une utilité et que le choix d’acheter ce livre a été utile et pertinent en tant que consommateur rationneL.

L’homme inutile vous salue .